Remise des insignes d’Officier de l’Ordre national du mérite au fondateur de l’épicerie sociale Au Petit Plus

Ce vendredi 11 février, le Sénateur Maire de Saint-Maurice, M. Christian Cambon, a remis à Marc Mary Huet de Barochez, fondateur de l’épicerie Sociale Au Petit Plus les insignes d’Officier de l’Ordre national du mérite.

Voici le discours prononcé par M. Cambon à cette occasion.

Christian Cambon, sénateur maire de Saint-Maurice

Monsieur le Maire, Conseiller Général et Président de notre communauté de communes, Cher Jean-Marie Bretillon,

Mesdames et Messieurs les élus de Charenton et de Saint-Maurice,

Madame la déléguée de l’association départementale des Membres de l’Ordre National du Mérite, Chère Nathalie Le Gagneur,

Monsieur le Président du « Petit Plus », Cher Paul Cheyrouze,

Monsieur Marc Mary Huet de Barochez, Cher Ami,

Vous m’avez fait l’honneur de me choisir pour vous remettre les insignes d’officier de l’Ordre National du Mérite et j’y suis particulièrement sensible.

Je voudrais associer à cet instant mon ami Jean-Marie Bretillon qui a su attirer l’attention de Monsieur le Préfet sur les mérites nouveaux que vous êtes acquis depuis votre nomination comme chevalier le 24 octobre 1991.

Cette Croix du Chevalier, vous la méritiez pour l’exceptionnelle carrière qui avait été la vôtre dans le domaine de l’assurance. Vous la méritiez aussi pour votre implication au service des membres du syndicat national des courtiers d’assurance : pendant 6 ans, en effet, vous aviez organisé au Palais des Congrès une exposition axée sur l’aide que l’informatique pouvait apporter à vos confrères. Un travail considérable auquel il était normal que l’on rende hommage à l’orée d’une retraite si bien méritée. Une retraite que l’on imaginait volontiers reposante et contemplative.

Mais vous êtes fait d’un bois un peu particulier. Alors même qu’enfin vous deveniez maître de votre temps, vous avez décidé de le consacrer presque exclusivement aux autres.

Je tiens d’ailleurs à souligner combien notre pays doit à ceux que nous appelons, avec beaucoup d’affection, nos seniors. Combien d’associations dépendent-elles de l’investissement personnel, du dévouement désintéressé de Françaises et de Français qui, ayant atteint l’âge de la retraite, acceptent de se tourner vers les autres ? Les Maires que nous sommes, Jean-Marie et moi, savent bien tout ce qu’une commune doit à ces hommes et à ces femmes qui font tant pour qu’une véritable communauté de vie se maintienne dans nos villes. Chacun de nous a en mémoire, j’en suis sûr, des exemples quotidiens de ce dévouement inlassable que ni l’âge, ni la maladie ne viennent entraver. Pour ma part, j’ai en tête l’image de ces grands-mères, assises dans leur salon, tricotant jour après jour cette fameuse écharpe du Téléthon, cette écharpe de l’Espoir pour aider la recherche contre les myopathies.

Tous ces efforts, innombrables, souvent effectués dans la discrétion la plus totale, voire dans l’anonymat, sont au cœur de la conception que nous nous faisons de la vie en société. Une société qui ne se fonde pas sur l’addition de nos indifférences, de nos égoïsmes mais qui repose sur l’écoute et la générosité. Celle de la collectivité, bien sûr, mais aussi celle de la famille et de l’individu.

Et vous êtes un certain nombre ici, aujourd’hui, à pouvoir vous reconnaître dans le portrait que je viens de peindre. A travers vous, cher Monsieur de Barochez, Jean-Marie et moi rendons hommage à tous nos seniors qui ne conçoivent pas leur retraite dans l’égocentrisme mais dans le partage.

Donc, lorsque Monsieur de Barochez envisage de prendre sa retraite en 1988, il lui vient l’idée de travailler bénévolement pour une caisse roubaisienne de retraite, l’IRCEM. Et à peine un an plus tard, le voilà co-responsable d’un nouveau département de prévoyance frais de soins santé destiné aux retraités de cette caisse. En 1994, vous contribuez à la création d’une véritable institution de prévoyance, l’IRCEM Prévoyance, dont vous assurez la présidence, en alternance, jusqu’en 2000.

Après avoir quitté vos fonctions de président, vous vous sentez à nouveau disponible pour une nouvelle étape de votre vie. Il n’entre toujours pas dans votre esprit de réserver ce temps libre à des occupations plus personnelles. Non, il vous faut aider les autres. Aussi, tout naturellement, rejoignez-vous la conférence Saint-Vincent de Paul de Charenton dont vous assumerez la présidence pendant quelques années.

Saint Vincent de Paul, à l’image de Saint Martin de Tours, entre autres, est un des symboles de la compassion sincère qui ont marqué profondément la conscience collective de notre Nation. Ses œuvres, qui se sont multipliées au cours des siècles, ne pouvaient vous laisser indifférent.

La conférence Saint-Vincent de Paul est, en effet, une organisation de bienfaisance, catholique et laïque, chacun le sait. Et il arrive parfois que certains des paroissiens de Charenton lui fassent un legs pour aider les plus démunis. Ayant appris que le don d’une Charentonnaise n’avait pas encore été affecté à un but précis, vous avez cherché quel pourrait en être le meilleur emploi.

A l’occasion d’une assemblée générale des conférences, vous découvrez l’existence très récente des épiceries solidaires. Dans une épicerie solidaire, les familles peuvent trouver des produits dont elles ne payent que 10% de leur coût réel.

Immédiatement, vous en comprenez tout l’intérêt. Votre projet est formé : vous allez ouvrir, grâce au don de cette Charentonnaise, une épicerie solidaire. Et, comme il est nécessaire que cette épicerie repose sur un territoire suffisamment grand, vous prenez votre bâton de pèlerin et vous frappez à la porte de Jean-Marie d’abord, et à la mienne ensuite.

Vous nous avez convaincus : vous avez pris le temps nécessaire, vous avez su nous prouver que cette épicerie était indispensable. Comment, d’ailleurs, aurions-nous pu résister longtemps à votre ténacité légendaire ? Plus sérieusement, comment aurions-nous pu rester aveugles aux difficultés de certains Charentonnais ou Mauritiens alors même que nos centres communaux d’action sociale mesurent au quotidien l’immense détresse de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants que vous vous proposiez d’aider.

Il y a ceux qui parlent de solidarité et il y a ceux qui agissent. Vous faites partie de cette catégorie de gens qui ne font pas du social pour faire du social ou par souci d’étalage public. Vous apportez votre aide dans la discrétion, dans le respect de la dignité de celles et ceux que vous aidez.

Marc Mary Huet de Barochez

En 2004, après avoir surmonté toutes les difficultés, vous ouvrez donc, avec votre équipe, le « Petit Plus » au 22 de la rue de Paris. Et je tiens à saluer les présidents qui se sont succédé à la tête de cette épicerie solidaire : MM. Schweitzer, Ramallo et Cheyrouze, ainsi que tous les bénévoles qui y oeuvrent chaque jour. Votre dévouement n’a pas de prix. Et pour quelle récompense, sinon un simple merci, souvent gêné, sinon, parfois, un pauvre sourire ?

A peine un an après cette ouverture, et je dirai malheureusement, le bilan de votre action montre déjà que vous aviez totalement raison. Près de 400 familles de Charenton et de Saint-Maurice, l’année dernière, ont bénéficié de tout ce que le « Petit Plus » pouvait leur apporter. Et, tout aussi malheureusement, avec la crise que nous traversons encore, la tendance ne s’inverse pas.

Jean-Marie Bretillon tirera très vite les conséquences de votre succès : 4 ans à peine après votre création, il met à votre disposition le local dans lequel nous nous trouvons et qui vous permet de donner la pleine mesure à toutes vos initiatives.

Votre action à tous, vous le savez, nous le savons, ne se limite pas à la distribution de denrées alimentaires. Un homme, une femme qui viennent vous voir pour obtenir de quoi nourrir leur famille, c’est aussi l’occasion de déceler d’autres problèmes de santé, de logement, de surendettement. C’est l’occasion de les informer sur l’aide qu’ils peuvent trouver auprès d’autres organismes, publics ou privés. C’est, souvent, arrêter le cycle infernal de l’exclusion et replacer cet homme, cette femme, cette famille sur le chemin de la confiance.

Vous avez souhaité que la remise de cette distinction éminente se fasse en toute simplicité au « Petit Plus », au milieu des gens avec qui vous avez travaillé, que vous respectez et qui vous respectent. Des amis qui connaissent votre personnalité haute en couleurs, mâtinée à la fois d’éclats de rires – car vous avez beaucoup d’humour – et d’éclats de voix – car on me dit que vous n’aimez pas beaucoup la contradiction … Mais le souffle de vos explosions passe et ne reste que l’immense générosité dont vous faîtes preuve à l’égard de vos prochains.

Monsieur de Barochez, vous avez été un véritable visionnaire dans votre approche de la solidarité dans nos deux villes. Vos convictions, votre force de persuasion, ont su déplacer les montagnes. Jean-Marie et moi vous en sommes très reconnaissants.

Dans la longue liste de la promotion du 11 novembre 2010, il y avait des hauts fonctionnaires, des procureurs, des avocats et même le directeur de cabinet du Co-Prince d’Andorre. Il y avait aussi un homme dévoué tout simplement aux autres, sans arrière-pensées, sans calcul. Le symbole est d’autant plus fort que le 11 novembre, vous le savez, c’est la Saint-Martin, ce soldat qui donna la moitié de sa cape à un homme transi de froid. Une cape bleue, qui fut l’un des premiers symboles de notre pays. Bleue comme la rosette que je vais avoir l’honneur de vous remettre, en témoignage de la reconnaissance de notre République pour l’un de ses enfants à la conduite exemplaire.

Marc Mary Huet de Barochez, au nom du Président de la République, nous vous faisons Officier de l’Ordre National du Mérite.

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Fév
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