Le vendredi matin, les étals de légumes de l’épicerie Solidaire Au Petit Plus – d’habitude si colorés – sont vides… car la veille, on a servi près de 90 familles !
Dès 8h30, la cuisine s’anime. Paul, notre Président, prépare jalousement le café. Christiane, la Secrétaire Générale, remet de l’ordre dans les fiches malmenées la veille. On déplace les tables, car ce vendredi, c’est jour de réunion.
En effet, chaque demande d’accès à l’épicerie solidaire doit être validée par une commission tripartite qui se réunit un vendredi sur deux dans les locaux de l’épicerie.
Les premiers participants commencent à arriver. On se salue dans la bonne humeur. Autour des bénévoles du Petit Plus (dont un membre préside la commission), des représentants des deux CCAS de Charenton et de St Maurice, deux travailleurs sociaux (l’un de l’Espace des Solidarités du Conseil Général du Val de Marne et l’autre du Pôle de Médiation de la ville de Charenton) vont statuer sur les demandes d’accès à l’épicerie.
Autour de la table, tout le monde connaît le fonctionnement, les critères ont été définis en amont, pas besoin de préalable. Les travailleurs sociaux présentent les dossiers. Ils ont reçu les demandeurs, ont retenu ceux qui répondaient aux critères, ont rempli les fiches de situation familiale, de ressources et de dépenses pour présenter un « Reste à vivre ».
Ils exposent la situation qui amène à solliciter l’aide de l’Epicerie. Cette aide ne se justifie que si elle s’inscrit dans le cadre d’un « projet » du demandeur.
L’Epicerie Solidaire n’est ni une structure d’urgence ni une structure d’aide pérenne. Elle prend en charge de façon provisoire des personnes que la vie a malmenées mais dans la perspective d’un changement de situation dont ils acceptent d’être acteurs, dans la mesure de leurs possibilités.
L’anonymat est respecté. On expose la situation du demandeur. Au-delà des ressources et des dépenses, il est prêté une oreille attentive aux explications détaillées qui personnalisent le cas et détaillent le projet du demandeur. Si l’acceptation du dossier ne tenait qu’à des chiffres, il n’y aurait pas besoin de commission !
L’aide est octroyée sur une période définie, un mois, généralement deux, renouvelables. Si, pour certains cas, il n’y a aucune hésitation, d’autres requièrent davantage de discussion. Autour de la table, on échange en toute liberté selon nos diverses sensibilités. Certains doutent de la justesse des situations ; tout n’est pas contrôlable. D’autres préfèrent miser sur la confiance plutôt que de passer à côté d’une détresse réelle. Les travailleurs sociaux apportent leur professionnalisme et leur expérience.
Une fois la décision prise, on lève l’anonymat et Frédéric, qui anime la structure d’accueil et connaît tous les bénéficiaires apporte alors son éclairage. Christiane retrouve l’historique du demandeur dans ses fiches et s’il a déjà été bénéficiaire à plusieurs reprises, on peut décider d’une pause. Devant l’afflux des demandes, on privilégie les nouveaux cas.
On traite une trentaine de dossiers en moyenne. Un éventail des misères qu’amènent le chômage, la maladie, le divorce ou la perte d’un conjoint, une gestion non maîtrisée du budget conduisant au surendettement, ou un déphasage culturel.
On se trouve parfois devant des cas très particuliers. Tel celui de cette femme seule dans la vie et pour laquelle l’épicerie est un facteur de socialisation. Ou celui de cette autre qui a subi un revers de fortune et qui, blessée dans son orgueil, a adopté une attitude agressive. Le renouvellement est accepté mais le travailleur social, alerté, cible son accompagnement.
Une fois la réunion terminée, Christiane s’occupe d’envoyer les réponses aux demandeurs, le bilan à tous les travailleurs sociaux. Linda prend en charge les fiches de suivi et l’équipe de René saisit les données dans le programme informatique. Dès le jeudi suivant, il faut être opérationnel !
De telles commissions remplissent mieux leur mission si elles s’exercent dans des conditions de confiance mutuelle entre les différents partenaires. Nous avons voulu apporter une chaleur dans les relations en ménageant des moments de rencontre informels et conviviaux. La coopération des travailleurs sociaux à qui nous avons affaire, notre souci de créer une ambiance de travail où chacun a sa place, ont permis cette forme de collaboration nouvelle, plus directe, moins « administrative », pour le plus grand bien des habitants des deux communes.
Mona
Présidente de la commission