
Mona Decreton, vice-présidente
Cette dépense est régie par 3 impératifs :
1. L’impératif déontologique
Dans une épicerie solidaire, on ne distribue pas un colis prépréparé. Le bénéficiaire fait ses courses avec son caddy. Il doit pouvoir choisir ses produits en fonction de ses goûts, de ses envies, de ses besoins dans le cadre du crédit qui lui a été alloué. Il ne subit pas, il décide.
« Donner à choisir, c’est permettre d’être » ( A.N.D.E.S)
Cette liberté de choix suppose une diversité de l’offre : Nous assurons la plupart des produits du quotidien, 920 références…. Dans la mesure du possible, pour les produits de base, nous proposons 2 gammes: les marques nationales ou celles des grandes enseignes et les produits discount premier prix.
Les collectes ou les dons d’entreprise apportent la note de fantaisie souvent inaccessible pour des budgets modestes.
2. L’impératif budgétaire
Dans une épicerie classique, une augmentation du nombre de clients se répercute de façon positive sur les bénéfices. Pour nous, chaque fois qu’un bénéficiaire nous paye 1 euro, nous lui avons fourni de la marchandise pour 10 euros, donc un déficit de 9 euros pour nous.
Sur l’année écoulée, nous avons eu 14.000 euros de recettes, il nous a fallu donc compenser le déficit de 126.000 euros de marchandises !
Il est évident que les subventions et les dons ne couvrent pas les besoins.
Nous avons optimisé nos achats en prospectant les prix dans les différentes enseignes, en courant les promotions, en jouant la carte des produits déclassés pour code invalide ou changement de conditionnement…
C’est bien mais cela ne suffit pas.
D’où l’utilité des partenaires qui, dans le cadre de programmes européens ou nationaux, nous assurent des produits de qualité à des prix très avantageux. C’est le cas d’A.N.D.E.S pour les fruits et légumes traités au chantier d’insertion de Rungis, de la Banque Alimentaire…
3. L’impératif de logistique
Le jeudi soir à la fermeture, quand les rayons se sont vidés, nous avons déjà passé des commandes pour la semaine suivante, réparti les tâches pour le transport, la réception…… Comme l’a dit Paul, le camion sort tous les jours et il rentre bien chargé. Sur une année, voici ce que représente en quantité la consommation de quelques produits :
5.000 litres de lait
20.000 pots de yaourt
2.000 litres d’huile
1.500 paquets de café
4.000 steaks hachés
1.400cuisses de poulet
1.500 flacons de produit à vaisselle
10 tonnes de fruits et légumes !
Pour la manutention, toute une équipe s’affaire aux achats, au transport, à la saisie informatique, au stockage….
Nous sommes tous bénévoles en très grande partie retraités. Nous avons des parcours professionnels très différents mais à l‘épicerie, il y a une obligation naturelle de partage des tâches qui fait que l’intello qui a été dans la conception ou la gestion pendant 30 ou 40 ans se retrouve à décharger des camions, à coller des étiquettes ou toiletter des poireaux alors que celui à qui le système du travail n’avait permis aucune autonomie est confronté à des situations où il révèle des qualités d’initiative.
Ce brassage de fait de façon naturelle dans une simplicité des relations qui contribue à la qualité de l’accueil si chère à Paul.
Mona Decreton